À retenir
- Malgré des siècles de contacts réguliers avec les pêcheurs, les plongeurs et les bateaux.
- Les baleiniers les appelaient tueuses de baleines. En anglais, l'ordre des mots s'est inversé.
- Tous les décès dont on se souvient ont eu lieu dans des bassins, jamais dans l'océan.
- Une petite population, à plusieurs milliers de kilomètres de là, qui s'intéresse aux gouvernails.
En bref
Aucune orque sauvage n'a jamais tué d'être humain, du moins rien ne permet de l'affirmer. Ni en Norvège ni ailleurs, malgré la longue histoire de la pêche, de la navigation, de la baignade et de la plongée dans des eaux où elles sont présentes.
On ne compte qu'une poignée d'incidents documentés au cours desquels une orque sauvage a blessé ou heurté une personne. Ils sont remarquables précisément parce qu'ils sont si rares que chacun est connu dans le détail. Rapporté au nombre de rencontres qui ont lieu chaque année, le taux est proche de zéro.
Ce n'est pas parce que les orques sont inoffensives. Ce sont les prédateurs les plus redoutables de l'océan et rien, dans la mer, ne leur échapperait si elles décidaient de le tuer. C'est simplement qu'elles ne semblent pas considérer les humains comme une proie et que les populations sont extrêmement conservatrices dans leur définition de ce qui constitue une nourriture.
D'où vient ce nom
Le nom anglais est le fruit d'un accident de traduction, qui a considérablement nui à la réputation de l'animal.
En observant ces animaux attaquer de grandes baleines, les baleiniers espagnols les ont appelées tueuses de baleines. En passant en anglais, l'expression a été inversée pour devenir killer whale, ce qui décrit une baleine qui tue plutôt qu'un animal qui tue des baleines. Le sens d'origine était exact et précis ; la version anglaise ressemble à un avertissement général.
Le nom scientifique n'a pas arrangé les choses. Il évoque les enfers et les morts, ce qu'un dauphin mangeur de poissons dans un fjord norvégien ne mérite pas.
Orque est le meilleur terme pour désigner ce que vous allez observer ici, et c'est celui qu'emploient toutes les personnes qui travaillent en mer.
Une nageoire à très courte distance, le niveau de danger maximal
La population que vous allez observer
Mieux vaut être précis que général, car la réponse générale masque celle qui vous sera vraiment utile.
Les populations d'orques se spécialisent, et cette spécialisation est presque absolue. Une population qui chasse les phoques en Antarctique et une autre qui se nourrit de harengs au large du nord de la Norvège sont, sur le plan comportemental, des animaux différents qui partagent par hasard le même nom d'espèce.
Les orques de ces fjords se nourrissent de poissons. Tout leur répertoire de chasse repose sur le regroupement et l'étourdissement de bancs de harengs, une technique apprise au sein de la famille au fil des années. Rien, dans ce savoir-faire, ne s'applique à une personne à bord d'un bateau, et rien dans leur comportement ne laisse penser qu'elles cherchent à l'acquérir.
En pratique, pour toute personne debout sur un pont : vous observez un animal extrêmement doué pour attraper quelque chose qui n'est pas vous.
Les orques captives, et pourquoi leur histoire est différente
Tous les cas connus d'orques ayant tué une personne se sont produits en captivité, et cette différence n'a rien d'un détail technique.
Une orque captive vit dans un bassin qui ne représente qu'une infime fraction de l'espace qu'elle parcourt naturellement chaque jour. Elle est généralement séparée de sa famille et parfois hébergée avec des animaux issus de populations différentes, qui ne partagent ni ses cris ni ses comportements. La structure sociale qui organise toute la vie d'une orque disparaît, sans que rien ne la remplace.
Chez certains individus, il en résulte des comportements anormaux qui n'ont aucun équivalent dans la nature, notamment une agressivité envers les soigneurs. Tirer de ces incidents des conclusions sur les orques sauvages reviendrait à déduire le comportement des éléphants sauvages de celui d'éléphants de cirque.
C'est aussi pourquoi les observer depuis un bateau, dans les eaux qu'elles ont choisi de fréquenter, est tout simplement une bien meilleure manière de les découvrir.
Zéro
Aucun cas documenté d'une orque sauvage ayant tué un être humain n'a été recensé, dans aucun océan ni à aucun moment de l'histoire connue des rencontres.
Les bateaux au large de l'Espagne et du Portugal
Depuis 2020, une sous-population d'orques présente autour du détroit de Gibraltar et sur la façade atlantique de la péninsule Ibérique entre en contact avec des voiliers, s'intéresse à leur gouvernail et, dans plusieurs cas, neutralise le système de direction. Plusieurs bateaux ont été suffisamment endommagés pour devoir être remorqués et quelques-uns ont coulé.
Le phénomène a fait l'objet de nombreux reportages, dont la plupart présentent les animaux comme des attaquants. Les chercheurs qui étudient cette population décrivent plutôt un comportement qui s'est diffusé socialement au sein d'un petit groupe d'individus, principalement des jeunes, et qui vise un gouvernail en mouvement plutôt que les personnes. Personne n'a été blessé.
Trois éléments comptent pour les visiteurs en Norvège. Cette population est un groupe restreint et distinct, situé à plusieurs milliers de kilomètres de là. Le comportement concerne les gouvernails de voiliers à la voile, et non des bateaux à moteur de cette taille. Enfin, aucun comportement comparable n'a été observé chez les orques mangeuses de harengs du nord.
Il s'agit d'un comportement animal fascinant et toujours véritablement inexpliqué, qui mérite une couverture plus nuancée que celle qui lui a été consacrée. Ce n'est toutefois pas une évaluation des risques pour un bateau d'observation des baleines dans l'Arctique.
Alors, de quoi devez-vous vraiment vous méfier ?
Les véritables dangers de la journée sont peu romanesques et méritent davantage votre attention que les baleines.
Le froid arrive en tête. Huit heures en mer au cœur de l'hiver arctique, dont une grande partie debout et immobile sur un pont découvert, sont plus éprouvantes que ne le laisse penser la température, et la combinaison thermique fournie joue un rôle essentiel. Prévoyez des gants adaptés, un bonnet et des bottes.
L'état de la mer vient ensuite. La traversée peut être mouvementée, et l'opérateur indique que l'excursion ne convient pas aux personnes sujettes au mal de mer. Si vous hésitez, prenez un traitement avant le départ plutôt qu'après.
Vos déplacements à bord arrivent en troisième position. Ponts mouillés, houle et appareil photo que vous ne voulez pas laisser tomber : cette combinaison provoque bien plus d'incidents lors des excursions d'observation de la faune que la faune elle-même. Tenez-vous à la rambarde, pas à l'appareil photo.
