Three orca dorsal fins cutting the surface together

La chasse

La Pêche en Carrousel : Comment les Orques de Norvège Chassent le Hareng

À retenir

  • Une seule orque ne peut pas y parvenir. Toute la technique repose sur plusieurs animaux qui travaillent ensemble le même banc.
  • Un puissant coup de queue sous l'eau assomme les poissons les plus proches de l'impact.
  • Les populations qui n'ont jamais rencontré de harengs ne pratiquent pas cette technique et ne l'inventent jamais.
  • Les goélands se rassemblent au-dessus d'une boule en formation, car les poissons assommés remontent à la surface.

Pourquoi un banc de harengs mérite qu'on s'y attaque

Un hareng seul est un petit animal rapide et argenté, très difficile à attraper pour un grand prédateur, un poisson à la fois. Il représente en outre un apport dérisoire. Une orque de plusieurs tonnes ne peut pas vivre en poursuivant des poissons isolés dans un fjord.

Ce qui rend les harengs intéressants, c'est leur nombre inimaginable au même endroit. Un banc hivernant se compte en millions d'individus, concentrés dans un volume d'eau qu'un groupe de baleines peut raisonnablement encercler.

Mais un banc constitue aussi une défense. Les poissons se regroupent précisément parce qu'un prédateur a du mal à fixer une cible dans une masse de corps identiques en mouvement, et parce que des milliers d'yeux repèrent le danger plus tôt que deux. La pêche en carrousel est la solution mise au point par cette population : au lieu de disperser le banc, elle s'empare de son propre instinct défensif pour le retourner à son avantage.

Comment la technique fonctionne réellement

Le groupe repère un banc et commence à le travailler par-dessous et sur ses bords, en nageant selon des cercles de plus en plus serrés. Effrayé, le banc se resserre et s'éloigne de la menace, ce qui signifie ici qu'il remonte, puisque les baleines se trouvent en dessous.

Les orques maintiennent la pression de tous les côtés sauf un. Elles se tournent sur le côté pour faire apparaître leurs ventres blancs et leurs taches blanches autour des yeux dans l'eau, et le banc se rétracte à mesure que ces éclats apparaissent. Certaines émettent des rideaux de bulles qui forment une paroi que les poissons refusent de franchir.

Le résultat est une boule de harengs : une sphère dense et tourbillonnante de poissons maintenue sous la surface, avec rien au-dessus et les baleines en dessous. Voilà le carrousel, et le constituer représente l'essentiel du travail.

Puis un animal se retourne, accélère et frappe la boule avec le plat de sa queue. Le coup ne vise aucun poisson en particulier. L'onde de pression assomme des dizaines de harengs à la fois, et les baleines récupèrent tranquillement les individus étourdis pendant que le reste du groupe maintient la boule en place. Une chasse peut durer quelques minutes ou presque une heure, les animaux se relayant pour frapper et pour rabattre les poissons.

A large vessel with orcas surfacing in the water beside it

Des nageoires qui tournent en cercle plutôt que de suivre un cap

Toutes les orques ne pratiquent pas cette technique

La chasse en carrousel est une technique locale, et non un comportement propre à toute l'espèce. Les populations d'orques qui chassent les phoques les traquent en silence, en petits groupes. Celles qui chassent les requins ont leurs propres méthodes. Quant à celles qui se nourrissent de saumons, elles poursuivent les poissons un par un et ne construisent jamais rien.

Cette technique existe là où une population se nourrissant de poissons a passé des générations à chasser des proies qui se déplacent en bancs denses, ce qui signifie en pratique les zones de harengs du nord de la Norvège et de l'Islande. Transportez ces baleines dans un autre océan et leur comportement les suivra, puis, faute de proies sur lesquelles l'utiliser, il finira par disparaître.

C'est pourquoi on parle de culture plutôt que d'instinct. Un jeune l'apprend en passant des années aux côtés d'adultes qui la pratiquent, au sein d'une famille qu'il ne quittera jamais. Ce savoir appartient au groupe et se transmet de génération en génération, mais il peut aussi se perdre.

L'invité surprise

Former une boule de harengs demande beaucoup d'efforts à un groupe d'orques. Une baleine à bosse peut réduire ces efforts à néant en un seul mouvement, et c'est précisément ce qu'elle fait ici, régulièrement.

Les baleines à bosse passent l'hiver dans les mêmes fjords, à la recherche des mêmes poissons. Après avoir observé les orques concentrer un banc en une sphère compacte, une baleine à bosse se contente de nager à travers, la gueule ouverte, et prélève une grande partie de la boule en une seule charge. Les orques n'ont aucun moyen réaliste d'arrêter un animal trois fois plus grand qu'elles.

Cela ressemble à un combat, mais ce n'en est pas un. C'est du vol, il est fréquent et, pour les personnes à bord d'un bateau, cela signifie que les plus belles observations réunissent souvent deux espèces à la fois : un groupe d'orques en action, une baleine à bosse qui charge et un nuage de mouettes au-dessus des deux.

Observer le phénomène depuis le pont

La majeure partie de la chasse en carrousel se déroule sous la surface, et vous ne verrez pas la boule elle-même. Vous en verrez les indices et, en sachant les reconnaître, vous transformerez une mer grise et vide en un paysage lisible.

Cherchez les oiseaux. Les mouettes et les mouettes tridactyles se rassemblent au-dessus d'une chasse, car les harengs étourdis remontent et flottent à la surface. Un tourbillon compact d'oiseaux au-dessus d'une même zone est l'indicateur le plus fiable qui soit. Un pygargue à queue blanche posé au-dessus du même endroit signifie la même chose.

Observez ensuite l'eau elle-même : un remous ou une ébullition là où aucune vague ne permet de l'expliquer, ainsi que des nageoires qui se déplacent en cercle plutôt qu'en ligne droite. Un groupe en déplacement garde un cap. Un groupe qui se nourrit n'en garde pas.

Et tendez l'oreille. Sur un bateau silencieux, moteurs coupés, les souffles portent loin au-dessus d'une eau calme et vous entendrez généralement un groupe d'orques avant que quelqu'un ne vous le montre du doigt.

La seule chose à éviter est de fixer le large en attendant qu'une nageoire y apparaisse. Les baleines remontent là où se trouvent les poissons, les poissons se trouvent là où sont les oiseaux et les oiseaux sont visibles de bien plus loin que tout autre élément de cette chaîne.

Là où se tiennent les mouettes

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Avant de réserver

Qu'est-ce que la chasse en carrousel ?
Une technique de chasse collective grâce à laquelle les orques rassemblent un banc de harengs en une boule compacte à la surface, puis étourdissent les poissons avec leur queue.
Comment fonctionne le coup de queue ?
Le coup de queue crée une onde de pression dans le banc compact et étourdit des dizaines de poissons à la fois. Les baleines les mangent ensuite un par un.
Toutes les orques chassent-elles de cette façon ?
Non. Cette technique est propre aux populations qui se nourrissent de poissons et se spécialisent dans les proies qui se déplacent en bancs denses, principalement en Norvège et en Islande.
Peut-on observer ce phénomène depuis un bateau ?
Vous en voyez les indices plutôt que la boule : des mouettes rassemblées, une eau agitée et des nageoires qui tournent en cercle au lieu de suivre une ligne droite.
Combien de temps dure une chasse ?
De quelques minutes à près d'une heure, selon la taille du banc et sa cohésion.
Pourquoi les baleines à bosse arrivent-elles ?
Parce que les orques ont concentré les poissons pour elles. Une baleine à bosse peut prélever une grande partie d'une boule de harengs en une seule charge.
Ce comportement est-il acquis ?
Oui. Les jeunes épaulards l'acquièrent au fil des années passées avec des adultes qui le pratiquent, ce qui explique sa présence dans certaines populations et son absence dans d'autres.
À quoi servent les bulles ?
Un rideau de bulles fait barrière aux harengs, qui ne le traversent pas. Il sert donc à leur barrer une voie de fuite.

Comment se forme une boule de harengs

  1. Repérer le banc

    Le groupe repère un banc de harengs hivernant, généralement en profondeur, puis se place en dessous en remontant par le fond.

  2. Le pousser vers la surface

    En resserrant leurs cercles, les baleines exercent une pression de toutes les directions sauf d'en haut, et le banc se compacte et remonte.

  3. Éclats blancs et bulles

    Les ventres blancs et les taches autour des yeux se tournent vers les poissons, tandis que des colonnes de bulles forment des murs que les harengs ne franchissent pas.

  4. Maintenir la boule

    Le banc finit par former une sphère dense plaquée contre la surface, maintenue à cet endroit par les baleines qui tournent en dessous.

  5. Frapper avec la queue

    L'un des animaux se retourne et frappe violemment la boule avec sa queue. L'onde de pression étourdit des dizaines de poissons à la fois.

  6. Prélever et recommencer

    Les harengs étourdis sont attrapés un par un tandis que le reste du groupe maintient la boule en place, puis une autre baleine prend son tour.

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